1998

Bergues

 

Bergues, Tour Bourguignonne


N° du site : 59 067 012 AH

Situé au sud-est de la ville, cette tour fait partie du rempart " bourguignon " qui subsiste à Bergues.
Construite finXIVème-début XVème siècles par Philippe le Hardi, puis Jean sans Peur, comtes de Flandre, cette muraille permettait d'englober le site de l'abbaye bénédictine de Saint-Winoc dans le périmètre fortifié de la cité.
Peu outragée lors de la dernière guerre, elle y avait cependant perdu son accès briqueté au sommet du talus, laissant une ouverture béante, lieu privilégié deb décharge. En 1996, un chantier-école de réinsertion a entrepris la reconstruction de cet ouvrage, ainsi que l'escalier briqueté de descente dans la tour. Puis la pose d'une grille vint en interdire l'accès sauvage.
L'ASPABERG (Association du Patrimoine Berguois), qui œuvre depuis 1994 à la reconquête d'ouvrages oubliées de la fortification, a engagé en 1998 le nettoiement intérieur de la tour, profitant de l'opportunité d'évacuation des remblais avant l'aménagement paysager de cette zone des remparts, l'objectif visé étant de rendre disponibles les lieux en visite guidée, dans le cadre des activités de l'office de tourisme.
L'évacuation des remblais a permis de remettre en valeur la cheminée monumentale et de retrouver le parement briqueté primitif. De niveau irrégulier, ce dernier est constitué, par endroits, de deux briquetages superposés séparés par un lit de sable.
Il est également apparu que les marches inférieures de l'escalier ont été reconstruites sur une embase ancienne qui repose sur un remblai de terre de l'ordre de 0,50 mètre recouvrant le pavement briqueté primitif. Sous cette embase, une autre assise briquetée en forme de V est également apparue laissant vraisemblable l'existence d'une autre construction à l'intérieur de la tour.
Au droit de la cheminée, sous la niche à meurtrières est, une voûte brisée a laissé apparaître une autre niche dont la base, située à 1 mètre sous le parement briqueté, est constituée d'un lit régulier de cassons de briques qui semble s'étendre dans toute la tour. Un conduit apparaît aussi à ce niveau. Il travers et débouche à l'extérieur de la muraille. Sa longueur, de plus de 2 mètres, permet d'évaluer l'épaisseur du briquetage à la base de la tour à 2,50 mètres. Au niveau du sol, à gauche de l'escalier, dans le mur plat de la tour, une brèche irrégulière est aussi apparue.
L'ensemble des déblais n'a pas donné lieu à récupération de vestiges intéressants.
Une autre découverte a été plus significative : c'est l'apparition d'une fosse comblé dans la niche à meurtrières ouest. Son dégagement a permis de mette au jour l'existence d'une latrine qui s'évacuait tout naturellement au fossé longeant les murailles de la fortification. La latrine a été probablement condamnée lors des modifications successives de la fortification aux XVIème et XVIIème siècles avec la construction de la demi-lune " des Jésuites ", ouvrage avancé de Vauban, qui imposa la disparition du fossé en eau au pied de la muraille de la ville.
Profonde de 4,50 mètres, de section de 0,40 x 0,50 mètre à 0,60 x 0,70 mètre, cette fosse s'évacue à l'extérieur par un conduit voûté de0,70 x 1 mètre de hauteur et de 1,50 mètre de longueur, débouchant pratiquement au niveau actuel du sol au pied de la tour.
Des déblais, il a été extrait de nombreux fragmen,ts de briques, de tuiles bombées ou plates, d'ardoises, de carreaux de terre cuite, des concrétions métalliques (clous, attaches, crochets, anneaux), des fragments d'os et de coquilles, des culots et des fragments de tuyaux de pipe, des billes et des perles ouvragées en terre cuite, ainsi qu'une multitude de fragments de poteries ou de plats. Les premiers regroupements permettent d'annoncer, d'ores et déjà, la reconstitution probable d'une douzaine de poteries toutes différentes des XVIème et XVIIème siècles.
Cette première expérience archéologique à Bergues ouvre la voie à la constitution d'une base de données, d'indices et d'objets qui permettra d'enrichir et de présenter autrement le patrimoine berguois.


Michel Walspeck.Bénévole